La mort d’un étranger…

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mort lune homme

Ébranlé par la mort d’un étranger ? 

Oui, 

Ébranlé,  

Littéralement.   

Je n’avais jamais entendu parler de ce monsieur avant ce matin-là, ni d’Adam ni d’Eve.  

Bien que passionné par tout ce qui touche aux métiers des armes, la connaissance de la hiérarchie militaire togolaise ne me séduisait que très peu. Et pour cause ! J’ai beaucoup plus d’appétence pour les histoires militaires anciennes. Je préfère les récits anciens, glorieux, des combattants africains ayant pris les armes face à l’injustice. Leurs histoires me fascinent. Elles sont un mélange de courage, de stratégie et surtout de don de soi pour défendre une cause. 

Vous ne serez probablement que très peu surpris si j’affirme ici que nos héros d’alors avaient un grand sens de l’honneur. Il y’avait beaucoup conflits inter ethniques. Ce qui n’est pas une spécificité africaine comme nos livres d’histoires essaient, souvent, de nous le faire croire. Pour s’en convaincre si besoin en est, il n’y a qu’à voir les différentes guerres de clans en Chine, à Rome, en Grèce… Malgré ces multiples guerres nos ancêtres avaient réussi à sacraliser la vie humaine.

La guerre était “morale”.  Nos anciens ne tuaient pas pour le plaisir. Ils savaient s’arrêter à temps. Aujourd’hui la mort d’un être humain est tellement banalisée qu’on pourrait regretter cette époque. La guerre est devenue asymétrique. L’ennemi peut frapper à tout moment, sans que l’on ne sache d’où il vient. Les questions sécuritaires sont devenues un enjeu mondial. Les moeurs ont aussi changé. On préfère par exemple sortir son téléphone pour imortaliser je ne sais quoi, pendant les obsèques plutôt que de se recueillir. 

Bref, ne divaguons pas trop !  

Je me suis réveillé ce matin-là tout enjoué comme presque tous les jours avec la volonté de tout déchirer (comme on le dit trivialement chez nous).  J’en file mon maintien de poignet (oui il est malade depuis un moment maintenant) puis j’enchaine ma routine cardio du quotidien, burpees et pompes pendant une demi-heure. Après quoi, avant de filer sous la douche, je passe en revue mes messages sur les réseaux sociaux, je réponds rapidement aux messages les plus importants.  

Sauf que ce jour-là tout était différent.  

Dans mon fil WhatsApp, je pouvais voir une vingtaine de statuts avec en fond, un homme à la carrure impressionnante (un gros bras) en tenue militaire. D’habitude à la vue d’une telle image j’esquisse un large sourire. Car j’ai toujours eu beaucoup de respect pour les militaires. Plus jeune, je rêvais d’être des leurs. Mais ce matin, tout était vraiment différent. 

En effet, sur toutes ces images on pouvait lire Rest In Peace (RIP). Encore un militaire togolais mort au cours des opérations de maintien de paix de l’ONU m’étais-je demandé. Mais hélas, cette fois, il n’en était rien. Cet officier au physique impressionnant n’était pas tombé au champ d’honneur. Il a été retrouvé mort dans son bureau, dans son camp militaire.  

Curieux n’est-ce pas ?  

J’avais la mâchoire serrée, j’ai senti comme un vide en moi. Ma force, mon énergie, venait de me quitter tout d’un coup.  

Non il ne s’agissait pas d’un suicide mais bien d’un assassinat. Selon les propos lapidaires du procureur de la République on aurait extrait une balle dans le corps du Commandant du 1er Bataillon d’Intervention Rapide. Une enquête serait, toujours selon son propos, ouverte. On apprenait quelques jours plus tard que le Chef de l’Etat togolais a décidé de la mise en place d’une commission à la tête de laquelle se trouve le ministre de la Sécurité et de la Protection civile togolaise avec pour mission de fournir des éléments propres à aider l’enquête criminelle ouverte par le procureur. Encore une enquête dont on devra éternellement attendre les résultats ?

Mis à part ces quelques mots arrachés au procureur, aucune prise de parole officielle au moment où j’écris ces lignes. Les populations de Niamtougou, terre qui a vu naitre cet officier supérieur, se sont spontanément mobilisées pour en savoir plus. Rapidement dispersées par les forces de l’ordre, elles ont été réduites au silence. Comme toujours me dira-t-on ! 

Oui la mort d’un étranger, complètement inconnu, m’a ébranlé. J’étais attristé, comme beaucoup d’autres d’ailleurs j’imagine. Il s’en est allé; dans des conditions dramatiques. C’est le moins qu’on puisse dire. Et puisque les togolais semblent souffrir à la fois d’amnésie et du syndrome de Stockholm, entre autres maux, (vivement qu’ils me donnent tort sur ce coup) le décès tragique de ce monsieur est sans doute déjà passé aux oubliettes pour que triomphe à nouveau l’amour inconditionnel pour les bourreaux.   

Au-delà de ce choc, j’ai pu réaliser que vivre n’est pas un acquis mais un privilège.  

Un officier supérieur de cet acabit, avec les responsabilités qui étaient les siennes, a pu être abattu dans sa propre base militaire. Cela signifie simplement que nous ne sommes en sécurité nulle part sur la terre de nos aïeux. On peut tous disparaitre du jour au lendemain.  

Alors mieux vaut ne pas avoir de regrets.

Il existe dans ce monde deux sortes de souffrances, celle de la discipline vis-à-vis de soi-même, de la lutte permanente pour défendre ses convictions et valeurs; et celle du regret. Je peux vous assurer que la souffrance induite par cette première catégorie est mille fois mieux que la seconde.  

Ébranlé, j’ai pris du recul pendant des semaines. Je me suis (re) questionné sur le sens, sur le pourquoi de ma vie, des longues études entreprises… Une chose est certaine, je ne saurais me contenter ni de mon confort personnel, ni de celui uniquement de ma famille. Aussi modeste puisse être ma contribution, je veux être un acteur de changement social. Je l’avais déjà dit dans ce billet, doctorat, oui mais pas seulement, du 21 décembre 2019. Comme un journal intime, je l’ai relu, alors que s’achève la première moitié de l’année pour adapter mes objectifs pour les six, les douze, prochains mois, les cinq prochaines années.  

Cher(e)s ami(e)s je nous invite à l’action. Ne soyons pas une génération de regrets. Si vous avez une cause qui vous tiens à cœur, lancez-vous dès maintenant. Commencez dès aujourd’hui à définir ce plan précis qui vous conduira jusqu’au but final. Et surtout n’oubliez pas vos objectifs doivent être écologiquement sains et désirables. Vos buts doivent être bénéfiques non seulement à vous mais aussi aux autres. Pensez à la postérité, aux conséquences de vos actions sur l’avenir.  

Essayez de quitter ce monde en le laissant un peu meilleur que vous l’avez trouvé. Et quand l’heure de la mort approchera, vous pourrez mourir heureux en pensant (…) que vous avez fait de votre mieux.

Robert Baden Powell

Puisse le Seigneur apaiser les coeurs meurtris et nous inciter davantage vers plus d’action, plus d’engagement.

Votre Colibri 

#SoyonsActeurs  

#SocialImpact  

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